Après plus d’un siècle d’absence, le tambour parleur Didji Ayôkwé a retrouvé la terre ivoirienne. L’objet patrimonial, emporté durant la période coloniale, est arrivé à Abidjan le vendredi 13 mars 2026. Accueilli à l’esplanade du pavillon présidentiel de l’aéroport Félix-Houphouët-Boigny, son retour marque une étape historique dans la restitution du patrimoine culturel ivoirien.
Transportée à bord d’un avion spécialement affrété, la pièce était soigneusement protégée dans une imposante caisse en bois portant la mention fragile. L’artefact restera encore quelque temps à l’abri du public afin de subir une période d’acclimatation avant d’être exposé au Musée des Civilisations de Côte d’Ivoire.
Le Didji Ayôkwé constitue la première restitution officielle effectuée par la France à la Côte d’Ivoire dans le cadre des demandes de retour d’objets culturels emportés durant la colonisation. La requête ivoirienne remonte à la fin de l’année 2018 et concernait au total 148 biens patrimoniaux.
Lors de la cérémonie d’accueil, la ministre de la Culture et de la Francophonie, Françoise Remarck, a souligné la portée symbolique de cet événement. Selon elle, ce retour incarne un moment de justice et de mémoire pour la nation ivoirienne. Elle a également rappelé que l’aboutissement de ce processus est le résultat d’un engagement politique et diplomatique de haut niveau, impliquant notamment le président de la République, Alassane Ouattara, et son homologue français Emmanuel Macron.
La ministre a aussi salué l’implication du Premier ministre Robert Beugré Mambé, qui a suivi de près les différentes étapes des discussions ayant conduit à la restitution du tambour parleur. Elle a insisté sur la qualité de la coopération entre la Côte d’Ivoire et la France dans le domaine culturel, qualifiant cette collaboration d’exemplaire.
Conformément au protocole établi entre le musée du Quai Branly à Paris et le Musée des Civilisations de Côte d’Ivoire, l’objet sera conservé temporairement dans un espace sécurisé afin de permettre son acclimatation aux conditions locales. Une présentation officielle au public est prévue après cette phase préparatoire, avant son installation définitive au sein du musée.
Long de plus de trois mètres et pesant environ 430 kilogrammes, ce tambour en bois occupe une place centrale dans la culture du peuple Ébrié. Son nom, qui signifie panthère-lion, renvoie à sa puissance symbolique. Autrefois, il servait d’instrument de communication permettant de transmettre des messages rituels ou d’alerter les populations, notamment lors des opérations de recrutement forcé imposées par l’administration coloniale.
Au-delà de sa valeur artistique, le Didji Ayôkwé incarne une part essentielle de la mémoire collective des peuples Atchan. Son retour est perçu comme un geste de reconnaissance historique et une étape importante dans la réappropriation du patrimoine culturel ivoirien.
Les autorités prévoient par ailleurs l’organisation prochaine d’une célébration nationale pour marquer cet événement. La date reste encore à définir. Une fois exposé au Musée des Civilisations, le tambour parleur devrait devenir l’une des pièces majeures du patrimoine culturel présenté au public, témoignant à la fois de l’histoire, des traditions et de la résilience des peuples de Côte d’Ivoire.











MEL AKOI





